LA MERE DE TOUTES LES BATAILLES

09 mars 2010 | 11h39 dans A CONTRE COURANT LA TRIBUNE

La bataille de Grèce n’est pas tout à fait achevée mais elle n’a pas donné lieu à l’explosion prévue ou souhaitée par certains acteurs des marchés. Ne soyez pas surpris, c’était prévisible et prévu. Car la bataille de Grèce est un leurre. Une diversion. Et une répétition. Un entraînement. Avec des tirs à blanc. Un test des différents rouages de la spéculation : les CDS, les obligations d’Etat, les devises. Un test aussi de capacité de réaction des autorités monétaires et des gouvernements.

Or l’attaque sur la Grèce a provoqué une levée de boucliers de la part de la Banque Centrale Européenne, de l’Union Européenne, des gouvernements européens comme celui de l’Allemagne. Le front monétaire Européen va même accoucher d’un Fonds Monétaire Européen. La Grèce s’est même payée le luxe d’exclure les hedge funds de sa levée d’emprunts sur les marchés la semaine dernière. Exclusion purement artificielle, car certaines banques d’affaires ont acheté de l’emprunt Grec et l’ont cédé instantanément à des hedge funds qui n’avaient pas eu accès directement à l’opération. Aujourd’hui tous les acteurs du marché sont en train de tirer les enseignements de cette première offensive sérieuse contre un Etat et sa dette. Pour préparer la suivante. Ou pour préparer directement la bataille ultime, la bataille à plusieurs dizaines de milliards de dollars de profits potentiels, la bataille sur la dette Américaine. Car ne nous trompons pas de sujet. Après la Grèce, certains se trompent encore et observent du haut de leurs guérites la frontière Espagnole ou Portugaise mais là encore ce seront des attaques diversions. Pour des fonds spéculatifs, dans 12 ou 18 mois, c’est sur la dette Américaine que la guerre se jouera. Tous les protagonistes sont en place. 1. La Chine a cessé d’acheter de participer aux adjudications Américaines. Pour la première fois en Janvier, la Chine a même massivement vendu une partie de son stock d’obligations Américaines. 2.Les Etats-Unis ont tout de suite créé une commission Nationale pour étudier les conséquences du désengagement potentiel de la Chine et Hillary Clinton a déclaré que la dette n’était plus un sujet économique mais un sujet hautement stratégique. 3. Le gouvernement Obama n’a aucune marge de manœuvre sur le déficit budgétaire. Malgré des déclarations de bonne intention, il lui sera impossible de contrôler le déficit budgétaire en augmentant massivement les impôts ou de ne pas tenir ses promesses de couverture sociale et de santé, extrêmement coûteuses. 4. La banque Centrale Américaine ne peut plus acheter elle-même les obligations émises par le Trésor Américain. Elle doit au contraire organiser son exit strategy. Pourquoi, alors que tous ses éléments sont connus, le combat n’a-t-il pas encore commencé et le Trésor Américain n’a pour l’instant aucun mal à emprunter ? La raison est simple. Les ménages américains sont tétanisés, ils ne consomment plus et ils épargnent et cette nouvelle épargne, estimée à plus de 700 milliards de dollars va s’investir directement dans les obligations du Trésor. De plus, l’économie ne redémarrant pas, l’inflation reste contenue et les taux relativement bas. Quel est donc le scénario qui pourra provoquer la déflagration? La croissance américaine va accélérer dans les mois qui viennent, l’emploi va repartir brutalement quelques mois entraînant un rebond de la consommation. Les taux longs vont donc remonter et le coût de la dette Américaine se renchérir fortement. Il suffira d’une adjudication hebdomadaire qui se passe mal et toutes les armées spéculatives se rueront sur le champ de bataille en achetant les CDS sur la dette US, en vendant massivement à découvert les obligations américaines et en provoquant l’effondrement du dollar. Les agences de notation rajouteront de l’huile sur le feu en supprimant enfin, avec deux ans de retard, le AAA américain et le cercle vicieux sera enclenché. Ce scénario n’est pas un scénario catastrophe. C’est le scénario qui se cache derrière le leurre Grec. Mais nous avons encore quelques mois de répit. Repartez en vacances .


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